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by Gabrielle hb

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paysage sonore, traitement sur bande et synthèse.

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released April 15, 2018

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Gabrielle hb Montreal, Québec

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Track Name: Champ.01
La ventilation sur la droite.

Un bruit rose, une chose constante.

Les ongles sur la peau de la tête.

Des lettres du clavier d’ordinateur.

Des oiseaux au loin.


Des roues sur le gravier. Des chaussures sur le gravier.

D’autres chaussures sur le gravier qui s’arrêtent, repartent.

La laisse au cou du chien – je l’ai vue.

Sa petite cloche.


J’ai tué une fourmi.

Des chaussures, deux paires, et des voix basses.

Les ongles sur la peau, encore. Le bruit du clavier, encore.

Je ne dis rien.

Le moteur des voitures derrière mon dos.

Les oiseaux plus près. Ils réveillent une partie heureuse de mon visage.

La fin d’après-midi se loge sur ma nuque et me garde en légère sueur.


Ça change toujours. Sauf la ventilation, que j’oublie seulement quand des passants parlent ou qu’un oiseau chante très près.

Au milieu des feuilles, devant les fleurs bleues que je n’entends pas, que je ne touche pas, que seulement je vois comme c’est souvent l’habitude.


Le reflet des doigts sur l’écran.

Le reflet et de mon corps et de quelques branches et du ciel bleu et des nuages minces.


L’air bouge parfois, je l’entends.


Les particules se cognent les unes sur les autres
et quand elles rencontrent un corps plus solide, comme une feuille ou un mur, ça fait un bruit.


Toutes ces rencontres ensemble sont le bruit du vent.

Il est très très doux aujourd’hui.

De petits souffles sur le sommet des épaules, périodiquement.

Et une voiture, une seule, que j’entends alors que des milliers sont dans la ville, à essayer de sortir à l’aide d’un pont ou l’autre pour rejoindre la piscine et la nourriture.


C’est juillet.

Quelle est la chanson du début de juillet?


Le système à air climatisé qui sonne partout dans le champ. Les oiseaux qui vont et viennent.

Qui ne sont jamais éteints, parfois seulement il faut tendre l’oreille.

Par « tendre l’oreille » je veux seulement dire: porter une attention particulière. Je ne tends pas mes oreilles, je ne tire pas sur elles,
en général je les laisse tranquilles, chacune de son côté de ma tête.


Le clavier sonne fort.

Un peu plus mon dos brûle.

Des fourmis grimpent sur mes cuisses.

De toutes petites mouches circulent autour des eurs mauves.


Deux papillons orange aux ailes silencieuses, à quelques décimètres de ma tête.

Et le camion à des dizaines de mètres.

J’ai entendu son moteur retourner le caoutchouc sur l’asphalte.

Le vent – il s’est relevé. Et quelqu’un a sifflé.

Des pas sur le gravier.

Le vent se tait et je reconnais la centrale d’air climatisé qui ne faiblit jamais.

Constante, mécanique, fidèle, jusqu’à ce qu’on appuie sur un bouton spécial ou qu’une pièce défectueuse la fasse dérailler.


Ces efforts qu’on fait pour oublier les saisons.

Il faudra revenir et se laisser percevoir. Entendre et accepter les sons, les autres choses.

Ne rien rejeter. Accueillir ce qui me parvient.
Track Name: Champ.02
Est-ce qu’il faut faire abstraction de certaines choses ou est-ce qu’il faut tout accueillir?

Le son du clavier – dès que je choisis d’inscrire une lettre.

Un vélo qui passe.

C’est difficile de s’éloigner de la source, de seulement entendre.

Toujours il y a une partie de mon cerveau qui veut reconnaître les choses.

Sur la droite, ce qu’on appelle le bruit rose.

Cette chose qui veut annuler un peu l’été.


Le reflet sur l’écran, le bleu derrière.

Pas de profondeur, juste une toile diffuse projetée derrière mon corps.

Et une tige qui se tend, verte.

Avec des fleurs qui ont existé ou qui existeront bientôt, je ne sais pas.

Mes mains sur la peau près de l’oreille gauche, un frottement.

Des petits oiseaux autour, une musique délicate qu’on peut remarquer ou ne pas remarquer puisque, d’ici, ils ne chantent pas très fort.

Maintenant je les entends fort, puisque je le souhaite. J’ai pris une décision.

Pourquoi ça me dérange quand j’entends la ventilation ou les voitures?

Il y a des sons que je préfère.

Pourtant je suis ici pour écouter seulement. Pour décrire tel quel.
Ou alors non, je suis ici pour observer ma perception. Pas pour la modifier.

Je remarque que je qualifie les sons que j’entends.

C'est tout.


Si je ferme les yeux, j’entends le champ dans un dôme naturel.

En hauteur en largeur en proximité.

Il y a des enfants installés sous l’arbre pour manger des fruits.

Maintenant, j’entends leurs voix.

Peut-être que le vent a tourné. Pourtant je n’entends pas le vent.

Mais je sais que sûrement il – je l’ai entendu un peu - sûrement il existe, oui. C’est une chose que je choisis de prendre pour acquis.


La main dans mes cheveux.

Nouveau bruit dans l’oreille gauche seulement, doux frottement.

Un son qui gonfle la gorge,

la peau sur la peau.



J’ai voulu fort éternuer et j’ai lutté.

Les éternuements ne sont pas bienvenus sur la trame sonore. Ils ne figurent pas dans mon classement des sons nobles.


Un insecte.

Il volait sur ma droite, je l’ai vu du coin de l’oeil.

C’est quand l’air bouge dans l’arbre le plus large et le plus haut que je l’entends le mieux.

Les feuilles ondulent et se touchent entre elles.

Ça ne siffle pas – ce n’est pas un corps très solide,

comme quand l’air s’infiltre dans une fenêtre entrouverte.



Il y a la sirène d’un véhicule d’urgence.

Des sons toniques faits pour nous alerter.


Si le magnétophone était tourné vers moi,
je me demande si on entendrait le son de ma peau sur ma peau.

Le magnétophone perçoit-il?


Je ne pense pas qu’on peut dire que mon magnétophone perçoit.

Pourtant il enregistre une réalité qui lui est propre. Il a son propre système, ses propres limites.

On dirait que quelqu’un veut enfoncer un pic dans le sol à petits coups de métal.


D’autres sons afin de fixer quelque chose quelque part.


Il y a beaucoup de gens qui entrent ou qui sortent des choses de la terre,
toujours.



Un insecte a volé très vite près de mon oreille gauche.

Tout semble se passer dans mon oreille gauche, mais c’est peut-être parce que ma droite est engourdie par le système d’aération.

Mon cerveau décide de l’ignorer, d’oublier un peu ce qui lui parvient, parce que c’est toujours pareil et que ça ne l’aide pas à exister ou à comprendre ou à se situer.

Je bouge la tête et tout à coup on dirait un manège.

Mon enregistreuse ne bouge pas. J’ai brisé les règles?



Peut-être un jour je ferai l’exercice de rester plus longtemps.

Aujourd’hui sous le soleil éclatant de midi,

je vais me relever et faire aller mes pieds
et recevoir les mouvements de l’air sur mes jambes.

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